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Présentation du projet de recherche

Au sein de l’itinéraire de création et du travail d’écriture, le manuscrit de l’écrivain occupe une place singulière parce qu’il précède le texte et qu’il suppose de la part du philologue qui l’inclut dans son approche de l’écriture, un regard autre, celui de l’entre-deux. Objet de patrimoine voire parfois, de spéculation financière , les généticiens du texte le définissent comme « espace d’inscription et lieu de mémoire des œuvres in statu nascendi » . En effet, le manuscrit témoigne d’un « processus » et d’un « itinéraire » que la critique génétique cherche à élucider et à interpréter à travers la reconstitution du « processus global de la création » . La constitution du dossier génétique d’une œuvre permet ainsi de suivre le travail de l’écrivain par l’analyse des avant-textes et des brouillons qui témoignent des différentes étapes ou phases d’une écriture. Le manuscrit accompagne l’écrivain, il se transforme avec lui, évolue et change au rythme de ses rencontres, de ses inspirations, de ses parcours intellectuels et géographiques. Objet migrant par essence, il survit à son auteur et peut connaître à son tour, après la mort de ce dernier, de nouvelles migrations, parfois influencées par les histoires nationales des pays où les auteurs ont vécu ou sont morts, ou par les histoires personnelles des héritiers des Fonds, ayant-droits ou chercheurs. Mémoires migrantes, ces manuscrits constituent pour nous un objet d’étude original liant les dimensions patrimoniales et culturelles aux contextes socio-politiques dans lesquels ces migrations ont parfois lieu. Dans le cadre d’un projet transversal, nous proposons de lier l’approche philologique des textes, à la chambre noire de l’acte créateur, « background » de l’œuvre, et à l’observation, l’analyse et l’interprétation des effets d’un phénomène : celui de manuscrits en migrations.

Pour le prochain contrat (2010-2014), le Centre d’Études en Civilisations Langues et Littératures Étrangères (CECILLE - EA4074, Lille) s’est engagé à relever le défi d’une investigation interdisciplinaire en incitant les responsables de ses principaux axes à travailler sur un projet fédérateur portant sur les « Frontières, Migrations, Modèles culturels » notamment au sein d’études consacrées aux relations entre l’Europe et les Amériques. Associés à ces investigations, nous avons proposé de poursuivre les réflexions engagées par les philosophes, les historiens, les géographes, les sociologues, les politiques et les littéraires sur la question des migrations et des frontières (politiques, économiques et culturelles), au sein d’une recherche novatrice, internationale et interdisciplinaire sur les manuscrits des écrivains, un axe émergent qui mobilise depuis quelques années des chercheurs du laboratoire.

Les migrations internationales et les relations interculturelles constituent un domaine d’investigation privilégié dont dépend la compréhension de nombreux caractères des sociétés contemporaines et des défis qui leur sont posés. Exils, diasporas et déplacements sont toujours plus nombreux, motivés par des raisons politiques, par le développement socio-économique inégal entre des zones géographiques et, bientôt, par le réchauffement de la planète. Aujourd’hui, plus que jamais, à l’heure où le changement climatique nous oblige à repenser nos modes de vies et de transports et que certains confins urbains ou nations sont en pleine transformation (voués eux aussi à évoluer dans le cadre de la mondialisation), il semble nécessaire d’engager réflexions et chercheurs sur un aspect que le XXI° siècle rend prioritaire : celui des migrations, des relations inter-culturelles et de la circulation de la pensée. Notre projet veut contribuer à cette réflexion nationale et internationale en questionnant l’espace interstitiel qui unit et désunit les rapports entre les cultures, celui de l’entre-deux en tant qu’espace paradoxal de différenciation et d’union possible. Appliqué au cas particulier des écrivains qui ont vécu ou produit « entre deux mondes », nous nous proposons d’associer à la recherche en génétique des textes et manuscrits modernes (en collaboration avec l’ITEM et le CRLA), une réflexion sur les effets des déplacements, volontaires ou forcés, sur les pensées et la genèse des productions textuelles de ces auteurs.

Depuis 2003, différents projets de recherche ont permis aux chercheurs du Centre d’Études en Civilisations Langues et Littératures Étrangères (CECILLE - EA4074) de consolider leurs travaux sur les manuscrits et de participer à la sauvegarde de ces patrimoines tout en enrichissant les Fonds patrimoniaux de l’Université Lille3, de Fonds rares, exceptionnels et inédits pour une grande part.

Pour nous, le manuscrit est une mémoire migrante, il constitue par essence un objet d’étude original qui lie les dimensions culturelles et patrimoniales aux contextes politiques et sociaux dans lesquels les déplacements ont lieu : le manuscrit de l’écrivain se loge dans l’entre-deux. Nous proposons d’étudier les cas de Fonds et manuscrits rares en tant que paradigmes du concept de l’entre-deux, en combinant l’approche critique et génétique, à l’analyse littéraire des textes. L’aspect matériel et intellectuel du projet, ainsi que par la démarche littéraire et patrimoniale dans laquelle s’inscrit ce projet rassemble auteurs et chercheurs autour de Fonds dont les documents, inédits pour une grande part inédits, constituent un patrimoine que nous proposons de sauvegarder, de valoriser et d’éditer.